Petites remarques sur le confinement.

 

 

 

Le confinement obligatoire ne manque pas de vertus pédagogiques. Il réhabilite aux yeux de tous, dans la chair des heures de chacun, parfois vécues comme interminables, des aspects de l’existence que le monde moderne condamne. Ainsi redécouvrons-nous la lenteur. Une des voies de la sagesse et du bonheur dans la vie, consistait, avant cette époque de ralentissement du monde que nous traversons, à trouver une réponse à ces deux questions : Comment être lentComment vivre comme un lent ?

Voici ce que le confinement peut nous apprendre en matière de sagesse : savoir tourner en rond, savoir attendre, savoir s’ennuyer en provincial – ce que Pierre Sansot, dans son livre Du bon usage de la lenteur, appelle « la province intérieure » -, savoir vivre comme s’il pleuvait d’une pluie fine toute la journée. « J’ai acquis, nous dit Sansot, la conviction que la province est un état d’âme et qu’elle ne logeait pas nécessairement en des lieux déterminés de la géographie ». Puis il signale « la convenance entre la petite ville de province et la pluie fine ». La pluie – la pluie fine exclusivement – également est un état d’âme. Devenir un provincial, intérieurement – voilà un exercice et une évolution de l’âme, son retournement, dont le confinement offre l’occasion. Cette double évocation, de la province et de la pluie fine comme états d’âme auxquels le confinement peut nous convertir, pose le problème de l’ennui.

Car ceci est l’ennui : la voie pour retrouver l’univers dont la vie moderne avec sa vitesse et ses appareils de vitesse nous prive, le monde arrangé, ordonné, c’est-à-dire le cosmos. Lorsque l’ennui débouche sur une recosmisation de l’existence, ce n’est plus Pierre Sansot que nous rencontrons, mais une femme-poète, Anne Périer, celle-là même que Philippe Jaccottet appelle « l’écouteuse, à l’écart ». Parent avec la province et la pluie fine, l’ennui en effet ouvre l’âme à l’écoute.

L’ennui place à distance l’urgence. Distanciation métaphysique, il paralyse la vitesse. De ce fait, il reconstruit le temps comme étirement, comme un sentiment dont l’étirement éternise le présent sans manquer de laisser surgir le passé. Il recouvre le futur d’un brouillard impénétrable, le rendant impossible. Nul après ne suit l’ennui. Cette observation importe : le temps est un sentiment. L’ennui rend leur place aux choses, autrement dit les rend à leur dignité, puisque la dignité est la juste place dans un ordre, les dispose tranquillement, avec justesse et justice, autour de nous. Je ne parle pas de toute forme d’ennui bien sûr, de celui qui borde la mélancolie, qui longe la dépression. Je parle de l’ennui qui restitue le monde, les choses, les êtres, à l’âme, qui lui dévoile de nouveau le monde, je parle de l’ennui qui est un matin, une aurore, un premier jour, qui ne peut être tel que parce qu’il a neutralisé l’urgence et la vitesse.

Ayant un effet archéologique sur nos vies, le confinement est aussi résurrection. De la lenteur, de l’ennui, du temps.

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