L’insondable contre la différence.

Robert Redeker à Lisbonne

Robert Redeker à Lisbonne en août 2014.

11 octobre.

L’insondable contre la différence.

Notre époque a un faible pour les concepts paresseux. Celui de « différence » en fait partie. S’il existait un guide Michelin de la non-pensée, il serait épinglé comme une curiosité: est en effet descriptif et prescriptif en même temps. Il suffit de dire d’un groupe humain – ou simplement d’un comportement – qu’ils sont différents pour que la valeur s’attache à eux, qu’ils deviennent des emblèmes normatifs et que l’admiration leur soit dues. Il est sous-entendu que les groupes et les comportements qui ne s’inscrivent pas dans cette différence, quoique ils soient obligés de la vénérer, lui sont ontologiquement inférieurs. La présentation de la différence est toujours une hiérarchisation destinée à déclasser ce qui n’est pas différent. La différence est impensable en dehors de la guerre des identités. On s’affirme différent pour prendre un avantage dans cette guerre des identités. Au concept piégé de « différence » je préfère celui d’ « insondable ». L’autre n’est pas différent, il est insondable. Le concept d’insondable a l’avantage, outre sa répugnance à entrer aussi bien dans la dialectique de la différence et de l’identité que dans la guerre des identités, à échapper par nature à tout usage politique. La femme, le Noir, l’Indien, l’homosexuel, le Rom, l’enfant, ne sont pas différents, ils sont insondables. Insondable, me souviens-je, est utilisé par Feud dans L’Interprétation des rêves pour dire que le rêve est l’ombilic par où l’inconscient est lié à l’insondable, c’est-à-dire à l’irrécupérable de toute interprétation. C’est parce qu’ils échappent à toute interprétation, sont insondables, que les êtres dont je viens de parler sont d’inépuisables réserves oniriques, alors même que l’idée de différence, parce qu’elle est dialectique abolit cette puissance onirique. C’est la lecture de Victor Hugo – par exemple de L’Homme qui rit – des personnages de ses romans, qui tous font rêver, qui m’a ouvert à la compréhension de l’insondable.

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